Dignes soirées.

Cela faisait une heure que cette conne nous tenait la grappe, sans voir dans nos yeux vitreux ce que son propre reflet aurait du lui faire comprendre, à savoir qu’on n’avait rien à tirer de sa présence. Mais elle s’acharnait, les yeux à demi-sensuellement-clos, trémoussant son bassin avec autant d’habileté qu’une génisse sur un lac glacé. Elle était impressionnée par ma façon de danser et cherchait à en percer les mystères, ce qui fut et restera à jamais impossible, malgré les efforts de certains chorégraphes. A. traçait sa danse habituelle devant le caisson de basse, les tempes vibrant au rythme de la musique, la main droite brassant un espace imaginaire, la gauche posée sur le ventre, et un sourire béat coupant en deux son visage. H. se démerdait plutôt bien, alternant gestes classes et improvisations. Avec la danse, toute la bière qui stagnait dans nos estomacs commençait, telle l’humidité dans certaines chaumières, à infiltrer de façon sérieuse nos systèmes veineux. Que nous arrivait-il ? Qu’étions-nous ? Que faisions-nous là ? Autant de questions auxquelles le peu de neurones en activité dans nos cervelles ne pouvait répondre. Les premiers hoquets apparaissaient, la sensation de ne pas marcher ni regarder droit. C’est quelque chose que j’aime bien en soi. H. et A. sont partis se commander un pastis, et voilà que la blonde inintéressante en profita pour avancer vers moi sa poitrine qui me parut d’une telle difformité que j’aurais vomi si j’eus été moins poli. Je lui glissai alors à l’oreille des vers d’une douce nouveauté : « Ton père n’est pas vitrier. » Comme elle ne comprit pas le moindre mot de ma phrase, je la poussai sur un type ressemblant à Zac Efron et le choc fut si violent qu’elle n’eut pas le temps de m’incriminer ; j’avais disparu. En réalité, alors qu’elle était encore en train de s’expliquer, nous étions déjà loin. En fait, nous étions à l’épicerie, histoire de racheter des 8.6. Alors on se l’est collée sévère sur le retour. H. commençait à fatiguer et ses parents débarquaient le lendemain pour visiter l’appartement et faire la connaissance d’A. Avec ce dernier, on a décidé d’aller faire un tour et on a laissé H., qui avait perdu son portable plus tôt dans la soirée, en état d’ébriété relativement avancé, devant la porte de l’immeuble. On a fait un petit tour par la place Saint Roch où il y avait du monde et où j’ai rapidement cherché et trouvé la merde. Très remontés, on a décidé de faire un saut à l’appartement pour chercher de l’armement. C’est une fois arrivés en haut qu’on s’est rendu compte qu’on avait les deux seuls trousseaux de clés sur nous. H. était endormi sur le canapé. Malgré notre taux d’alcoolémie qu’on ne cessait de renforcer avec de nouvelles bavarias, on a vite compris qu’il avait escaladé les deux étages par la gouttière pour rentrer par la fenêtre du salon/cuisine, mais on a essayé de ne pas trop y penser, on a récupéré la machette d’A. et on est ressortis pour se faire respecter. Les gens nous prenaient au sérieux cette fois, avec la machette toute rouillée d’au moins trois kilos pendant au bout de mon bras. Alors on a pu philosopher et avoir des discussions constructives. Ensuite, nous nous sommes faits passer fortuitement pour des frères russes, Alexandr et Piotr, dignes héritiers de la famille WATER, maîtres de la bavaria. On s’amusait à dire n’importe quoi en prétendu russe, et ça collait parfaitement puisqu’une demi douzaine de cons étaient attroupés autour de nous, à la fois intrigués et craintifs de l’alcool violent attribué aux russes à machette. Un type suffisamment con pour ne rien remarquer alors qu’il suivait la LV1 russe au lycée nous a offert sa bouteille de Get27 pour nous remercier de lui faire passer une bonne soirée. On est parti en éclatant la bouteille au pied d’un tilleul, après avoir essayé de gratter du shit à deux jeunes menaçants et aussi mythomanes que nous. Il devait être sept heures du matin, le soleil se levait. A. a commencé à cuisiner des pâtes, il était trop tôt pour moi, je suis rentré à pied complètement titubant et je me suis endormi quelque part chez moi.

Listening to : Spylab – Final Request.

1 commentaire sur "Dignes soirées."

Ursula dit:

02 mars 2011

Ahah.
Oui, Boris Vian c’est un peu comme l’homme de ma vie.

Ecrire un commentaire